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Eglise Saint-Méard à Saint-Méard-de-Drône (24) : dégagement et restauration des peintures murales du chœur de juillet à novembre 2013

Eglise Saint-Méard à Saint-Méard-de-Drône (24). Vue générale du chœur et des peintures murales après masticage et retouche. © Didier Legrand

Au mois de novembre 2013 s'achevaient les travaux de la première tranche de la restauration de l'église Saint-Méard, commencés en juillet de la même année. Cette opération était motivée par le sauvetage et la mise en valeur d'un ensemble exceptionnel de peintures murales dont la présence était connue depuis longtemps : une notice de Jean Secret sur cet édifice en fait état en 1958.

Construite entre les XIe et XIIe siècles, comportant une nef unique voûtée en berceau, suivie d'une travée à coupole et d'un chevet en hémicycle voûté en cul-de-four, l'église est surélevée au moment de la guerre de Cent Ans pour la doter d'éléments défensifs. Des agrandissements de baies interviennent à la période moderne pour accompagner le nouveau dispositif liturgique suivant les principes du concile de Trente. Mais c'est à la fin du XIXe siècle que l'édifice connaît une importante restauration qui va le transfigurer : démolition du clocher situé au-dessus de la coupole, démolition de la façade ouest (qui entraîne la disparition du portail sculpté dont seuls quelques éléments ont été conservés) et de la moitié de la première travée de la nef, reconstruction de la façade ouest à laquelle vient s'ajouter un clocher, reprise générale des maçonneries, des baies ; à l'intérieur consolidation des piliers et réalisation d'un enduit au plâtre avec un décor de faux-appareil ; quelques décennies plus tard, la partie inférieure des murs est entièrement reprise au ciment, sur une hauteur de 2m50, pour tenter de régler les problèmes d'humidité.

Pareilles transformations ne pouvaient laisser entrevoir la découverte d'un décor peint, quasi intact, sous les plâtres du XIXe !

En fait, sauf nécessités particulières, jusqu'au XIXe siècle, on se contentait d'ajouter de nouvelles couches pour réaliser des décors répondant aux impératifs du moment. Ainsi les peintures du XVe siècle, aujourd'hui dégagées, étaient recouvertes par deux badigeons à la chaux et un enduit au plâtre sur lequel avait été peint le dernier décor représentant simplement un faux-appareil.

 

L'étude

L'état de l'édifice (problèmes d'humidité, nature fragile des peintures), nécessitait une intervention de sauvegarde, en tout premier lieu une mise hors d'eau (étanchéité, réception, évacuation des eaux de pluie).

Pour les peintures s'imposait une étude préalable comportant des sondages afin d'évaluer l'étendue et l'état de conservation de celles-ci, d'en identifier les composants et la technique d'exécution : elle fut confiée à Françoise et Christian Morin. Les sondages permirent d'établir la stratigraphie des décors ainsi que leur présence sur la totalité des surfaces à l'exception des parties reprises dans les travaux précédents. Cette étude proposait un protocole d'intervention en vue de la conservation et de la restauration des peintures. Leur dégagement devenait nécessaire car il fallait éliminer l'enduit au plâtre, facteur de désordres en présence de l'humidité, ainsi que l'enduit au ciment de la partie inférieure des murs qui emprisonnait l'humidité et l'obligeait à migrer vers le haut.

 

Le chantier

Pour permettre à la commune de faire face à un chantier important et coûteux, celui-ci a été programmé en deux tranches, la première concernant le chœur ; elle s'est achevée en octobre 2013 ; la suivante concernera la nef et des interventions complémentaires sur les parties restaurées, les baies en particulier.

Le dégagement des enduits et des maçonneries exécutées lors des travaux de la fin du XIXe siècle a nécessité des consolidations en particulier celle des piliers.

La restauration des peintures du XVe siècle a été réalisée par l'équipe de Didier Legrand, issue de l'Instituto Centrale per il Restauro de Rome.

Le dégagement du décor figuratif du XVe siècle a été effectué d'une façon mécanique, au scalpel. La technique de mise en œuvre de la peinture avait consisté à appliquer les pigments dilués dans l'eau sur un enduit à la chaux encore frais ; mais le processus de carbonatation (au cours du séchage le carbonate de chaux, en se cristallisant emprisonne et protège la peinture) ne s'est pas produit de façon homogène, fragilisant en conséquence la couche picturale. De plus dans certaines régions de la voûte le badigeon la recouvrant était particulièrement dur.

Il fallait consolider l'enduit de support dans les zones de décollement : pour ce faire on a procédé par injections de résine acrylique. Cette opération a été suivie d'un nettoyage adapté à l'état des zones traitées, compresses imbibées de carbonate d'ammonium pour l'essentiel. Puis est venue l'opération de « réintégration » qui consiste à traiter l'impact des lacunes de diverses natures, abrasions de la couche picturale, lacunes d'enduit d'une profondeur variable. La réalisation de l'enduit au plâtre de la fin du XIXe avait été précédée d'un piquage des strates sous-jacentes afin de permettre une meilleure adhérence de ce dernier. Mais ce piquage régulier et limité était accompagné de « lacérations » nombreuses et relativement profondes en certains endroits, notamment sur les personnages des scènes représentées : il faut sans doute y voir un acte d'iconoclasme en relation avec les guerres de religion. Un badigeon est venu recouvrir les peintures peu après. Ce témoignage historique devait être conservé dans la restauration car, de plus, une grande partie des lacunes, en raison de leur importance, n'autorisait pas de reconstitution hasardeuse. Ces lacunes d'enduit ont été ramenées à un même niveau, mais en-dessous de celui de la couche picturale proprement dite, en reprenant exactement la couleur du mortier original. Pour la peinture elle-même, sur les indications de Colette di Matteo, inspectrice générale des Monuments historiques, les restaurateurs ont procédé par légères retouches sur les parties abrasées et les petites lacunes afin de maintenir un équilibre entre les parties subsistantes de la peinture et les manques : « Pour la retouche, nous avons utilisé la technique du repiquage au point par abaissement de ton sur les abrasions de la couche picturale et sur toutes les traces de piquage, griffures et les petites abrasions » (Didier Legrand – rapport de restauration).

Enfin après le piquage des enduits au ciment dans les parties basses des murs et la réalisation d'un enduit à la chaux, ce dernier a reçu une patine pour l'accorder au décor restauré.

 

Une découverte importante

Les peintures qui décorent l'ensemble de l'église et qui peuvent être datées du XVe siècle en raison de leur style, des vêtements des personnages, composent un ensemble, pour l'instant incomplet puisque reste à dégager la partie ouest de la nef, prometteuse elle aussi, comme le montrent les fenêtres de sondage. L'état de conservation de certaines scènes rend difficile leur interprétation .

L'iconographie se répartit selon une hiérarchie précise des espaces. A la voûte de l'abside (cul-de-four) on trouve une représentation à l'honneur depuis le XIe siècle mais traitée dans l'esprit de cette fin de Moyen-Age, un Christ en Majesté, sur son trône, entouré des symboles des quatre Evangélistes sur fond de ciel étoilé. La voûte de la travée précédente est occupée par un thème fréquent à cette époque, celui du Jugement dernier avec, à la droite du Christ, c'est-à-dire côté nord, les élus accueillis par saint Pierre, sous l'inscription en latin dans un phylactère sortant de la trompette d'un ange « Venez les bénis de mon Père », saint Michel pesant les âmes ; à la gauche du Christ, côté sud, les réprouvés condamnés à l'Enfer qui ouvre sa gueule, entraînés par des diables, avec un autre ange sonnant de la trompette d'où sort un phylactère avec l'inscription « Allez maudits dans le feu éternel... ». Dans le registre inférieur de l'abside, de part et d'autre de la baie, deux scènes hagiographiques : côté nord, un personnage féminin de grande taille (peut-être sainte Radegonde) et côté sud, le martyre de saint Barthélémy. Ces deux scènes ont été lacérées, en particulier les personnages, ce qui pourrait être l'indice d'un acte iconoclaste. Dans la travée précédente deux autres scènes illustrent des passages de l'Evangile : côté nord la Cène avec Judas, tenant la bourse rappelant sa trahison et côté sud, l'Entrée du Christ à Jérusalem (avec un personnage sur un arbre, coupant un rameau, et uns second étalant son vêtement à terre), et .

Le dégagement des peintures de la travée de la coupole et de la nef nous apportera des éléments nouveaux qui nous permettront une compréhension de l'ensemble et donc des compléments et des corrections au plan de l'interprétation.

La mise au jour de ces peintures marque un retour en arrière et consacre la disparition d'une grande partie des dispositifs qui ont suivis. Il faut désormais faire « cohabiter » des états différents alors que la dernière restauration du XIXe siècle avait conçu un espace cohérent : le faux-appareil sur enduit de plâtre accompagnait des vitraux de la même époque, la même chose pour le mobilier, les tableaux et les statues... La deuxième tranche de restauration inclura un traitement d'accompagnement afin d'intégrer au mieux ces éléments disparates.

 

Dominique Peyre,

Conservateur en chef à la conservation régionale des Monuments historiques de la DRAC Aquitaine

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