Un « culte de l'ours » à Regourdou ?

Znedek Burian, « Le culte de l’ours », 1950, dessin

Le culte de l’ours est attesté dès l’Antiquité chez les Celtes, les Slaves et les Germains et a été documenté récemment chez des peuples du Japon, de Sibérie, de Laponie et d’Amérique du Nord. Bien que plusieurs formes possibles de ce culte existent, il s’agit souvent pour ces populations de renforcer le lien entre homme et ours en capturant celui-ci puis en le sacrifiant au cours d’un banquet.

Au début du XXe siècle, l’archéologue Emile Bächler a suggéré une origine paléolithique du culte de l’ours après avoir étudié certains sites alpins dans lesquels les ossements d’ursidés portant des traces de découpe semblaient avoir été sélectionnés. La découverte de nombreux restes d’ours brun à Regourdou a ajouté un candidat supplémentaire à la théorie archéologique du culte de l’ours, apportant aux archéologues le premier exemple potentiel de telles pratiques dans le Sud-Ouest de la France.

La présence de restes osseux d’ours bruns à Regourdou dans la sépulture néandertalienne aussi bien qu'au sein de structures intentionnelles proches a longtemps été interprétée comme la preuve d’un lien étroit entre les pratiques funéraires néandertaliennes et l’enfouissement volontaire d’ossements d’ours. On a ainsi évoqué un « culte de l’ours », ours symbolisant la puissance et susceptible de renaître chaque année après hibernation. L'ours aurait pu en outre être consommé au cours d’un repas funéraire, comme le suggèrent certaines traces de découpes sur les restes se trouvant dans le pierrier IVa, adjacent à la sépulture humaine.

Des études récentes sur la faune et les restes humains semblent toutefois écarter l’hypothèse d’un dépôt intentionnel des ossements d’ours brun. En effet, l’étude de la représentation squelettique et de la répartition géographique des ossements d’ours dans le remplissage du gisement suggèrent plutôt une répartition aléatoire des restes d’ours, morts naturellement dans la grotte au cours de l’hibernation. Ces restes auraient été perturbés, après décomposition, du fait même de la fréquentation ursine de la cavité.

L’hypothèse d’un culte de l’ours ayant eu lieu il y a 70 000 ans à Regourdou semble donc écartée, bien que les quelque traces de découpe trouvées sur des ossements d’ursidés suggèrent une exploitation ponctuelle, par l’homme, de restes d’ours. La signification précise de cette exploitation demeure toutefois incertaine.

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