Musées de France, musées nationaux

Musée nationaux récupération (MNR) d'Aquitaine

Affiche de l\'exposition \"L\'Art victime de la guerre\", dans 8 établissements aquitains, à partir du 19 mai 2012

Sous le titre L'Art victime de la guerre. Destin des œuvres d'art en Aquitaine pendant la Seconde Guerre mondiale, une exposition (mai-septembre 2012) présentée dans huit établissements aquitains et agrémentée d'un catalogue, vise à faire connaître les trente-sept œuvres dites MNR (musées nationaux récupération), aujourd'hui déposées en Aquitaine, revenues des territoires occupés par le IIIème Reich à l'issue de leur spoliation ou de leur vente

Œuvres d’art, biens des musées, trésors d’église, fonds d’archives, bibliothèques et collections particulières ont connu durant la Seconde Guerre mondiale le plus vaste mouvement que l’Europe ait connu.  A la fin de la guerre, de nombreuses œuvres récupérées en Allemagne ont été renvoyées en France parce que certains indices (archives, inscriptions, etc.) laissaient penser qu'elles en provenaient. La plupart d'entre elles ont été rapidement restituées à leurs propriétaires spoliés par les Nazis. D'autres furent vendues par les Domaines, tandis que d'autres étaient confiées à la garde des musées nationaux. Elles constituent ce qu'on appelle des MNR, « Musées Nationaux Récupération ».

Des œuvres d'art victimes du  IIIème Reich et de la guerre


Dès la prise de pouvoir d’Adolf Hitler en Allemagne, la culture est un domaine placé sous l’autorité du ministère de la Propagande et d’une Chambre de la Culture, créée en 1933, assurant  une propagation certaine de l’esthétique nazie qu'illustrent particulièrement deux expositions de peinture inaugurées à Munich en 1937. La première, Grosse Deutsche Kunstausstellung, est consacrée à un art authentiquement allemand, tandis que la seconde, Entartete Kunst, est consacrée à son antithèse, l'art « dégénéré ». Les œuvres d’art constituent ainsi un enjeu politique et stratégique majeur. En 1939, se concrétise le projet de création d’une galerie de peinture et d’œuvres d’art dans la ville natale d’Adolf Hitler, Linz. Ainsi se fait jour un programme artistique inédit pour lequel le cinéma, la littérature, l’architecture, la sculpture sont également mis à contribution.

    Dès la fin de la guerre, des recherches ont été menées pour localiser et restituer à leur pays d’origine les biens découverts dans les territoires occupés par le IIIème Reich. En France, ces investigations ont été confiées à la commission de récupération artistique (CRA) qui, avant 1950, restitua 45 000 des 60 000 objets récupérés. Sur les biens restant un peu plus de 2 000 furent sélectionnés et confiés à la gestion des musées nationaux : ce sont les MNR dont la liste est aujourd'hui consultable sur un site dédié. Leur origine reste difficile à établir, soit que leur spoliation n’ait pas été documentée par les services allemands, notamment par la Dienststelle Westen chargée de la mise en oeuvre de la Möbel Aktion , soit que les œuvres aient été acquises sur le marché de l’art parisien, foisonnant pendant l’Occupation, sans qu’il soit possible d’établir si la transaction a été effectuée sous la contrainte et sans qu’il soit possible d’identifier leur dernier propriétaire. Elles sont rentrées en France dans le cadre de la politique de récupération des œuvres d’art transférées ou acquises par l’occupant, qu’il s’agisse d’un des plus hauts dignitaires du Reich ou d’un musée.

Le statut des MNR est défini par un décret en date du 30 septembre 1949. Après avoir été confiés à la gestion des musées nationaux (Musée du Louvre, Musée d'Orsay, Musée national d'art moderne), certains de ces biens ont été déposés dans des musées de France avec obligation de pleine accessibilité au public.

MNR : le cas de l'Aquitaine


Si la majorité des spoliations artistiques a eu lieu à Paris et dans l’ouest parisien, la région Aquitaine a été choisie par plusieurs grands collectionneurs ou marchands d’art dont Paul Rosenberg ou les Rothschild comme lieu de repli, soit dans des maisons de transport avec espoir d’évacuation vers les Amériques, dans des établissements bancaires ou dans des propriétés. Le port de Bordeaux est ainsi un des principaux lieux de spoliation, notamment en 1940. Par ailleurs, l’Aquitaine a également accueilli, principalement en Dordogne et en Gironde, un ensemble de neuf dépôts destinés à protéger les collections patrimoniales publiques. Il s’agissait de demeures bourgeoises ou de châteaux réquisitionnés, mais aucun n’était réellement adapté à l’accueil d’œuvres d’art ; aussi des gardiens étaient-ils recrutés par la direction des musées nationaux pour veiller à leur sécurité et à leur conservation. Seul le dépôt de Saint-Sever, mis à disposition par la municipalité, était public.

A partir des années 1950, des œuvres MNR ont donc été déposés dans les établissements de la région. Aujourd'hui au nombre de trente-sept (trente-deux tableaux, quatre objets d’art et une sculpture), elles sont réparties dans huit institutions : musées des beaux-arts  de Bordeaux, Pau, Agen et Libourne, musée basque et de l'histoire de Bayonne, musée d'art et d'archéologie du Périgord (Périgueux), musée d'anthropologie du tabac à Bergerac, ainsi que dans un monument national, le château de Cadillac (Centre des monuments nationaux).

    Une exposition  temporaire, organisée par l’ACMA (Association des conservateurs des musées d’Aquitaine) sous la direction scientifique de Florence Saragoza, conservatrice du patrimoine au ministère de la Culture et de la Communication, et avec la participation du Musée du Louvre, du Musée d’Orsay et du Musée national d’art moderne, leur a été consacrée à l'occasion de la Nuit européenne des musées, au printemps 2012, dans l'ensemble des établissements dépositaires des trente-sept MNR d'Aquitaine. A cette occasion, un catalogue L’Art victime de la guerre. Destin des œuvres d’art en Aquitaine pendant la Seconde Guerre mondiale a été co-édité avec les éditions Le Festin et avec le soutien financier  du ministère de la Culture et de la Communication (Drac Aquitaine).

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